10.12.2009

Les musulmans européens et leur rendez vous avec l'histoire

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Le meilleur moyen de cerner une question sociale étant d’en varier les angles de vue, en n’hésitant pas à convoquer l’ensemble des sciences sociales, ce qu’il faut se résigner à appeler "l’affaire des minarets suisses" nous oblige donc à une réflexion multiple.

 

 D’un point de vue strictement juridique tout d’abord, le vote Suisse qui se prononce en faveur de l’interdiction de l’édification de minarets sur le sol helvétique pose une question cruciale. Peut on, sous couvert de consultation populaire mettre à mal la liberté de conscience et le droit de pratiquer son culte, principe consacré au plus haut niveau de l’échelle normative européenne.( Car, faut il le rappeler, la liberté de pratiquer son culte est un droit consacré au plus haut niveau du droit positif par les textes que sont la déclaration des droits de l’homme et du citoyenne et celui de la déclaration universelle des droits de l’homme). ? Ici droits de l’homme et démocratie sont renvoyés dos à dos. Ça n’est pas une exception de l’histoire…

 

Les médias ensuite. Pas question ici de stigmatiser les médias en les désignant comme responsables. Tout ou presque étant régit par la loi du marché, je ne vois pas pourquoi les médias seraient épargnés par cette logique. Et aujourd’hui l’Islam ou plutôt l’islamisme ça fait vendre ! (on compte par dizaines le nombre d’articles traitant de manière plus ou moins approximative la question de l’islam dans les quotidiens nationaux européens). Il faut cependant mesurer ici les effets d’une campagne axée sur la peur et le fantasme (des affiches de propagande de l’extrême droit abhorraient un minaret transperçant le drapeau Suisse. Difficile de faire pire…) Cela a si bien fonctionné en Suisse que les instigateurs eux-mêmes se retrouvent aujourd’hui dépassés par le résultat d’un référendum qu’ils doivent désormais pleinement assumer.

 

 Notre député, Jean Dionis a raison a propos de la dérive que représente la prépondérance de l’émotion (Mais où est passé le logos que nous a confié le monde Grec en héritage ?) dans le débat public. La puissance de l’image et l’instrumentalisation outrancière n’a jamais trouvé autant d’échos dans nos sociétés, que depuis notre entrée dans ce millénaire. La fameuse « société du spectacle » qu’avait prophétisait Guy Debord.

La crise économique n’arrange rien non plus c’est vrai. Elle joue même un rôle « d’accélérateur de l’histoire » La peur de l’avenir convoque tous les fantasmes et la quête de responsables devient la préoccupation de chaque citoyen qui se trouve fragilisé économiquement avant d’être marginalisé socialement.

 

Pour la France, il faut éviter « l’éthnisation » des questions sociales. Les groupes humains sont travaillés, certes par leurs croyances et convictions, s’il en est, mais également par des facteurs économiques, sociaux, anthropologiques, culturels. Réduire l’individu à sa simple religion (pour expliquer ses faits et gestes n’obéit) ne répond à aucune des règles en matière de sciences humaines. Pas besoin d’être marxiste pour comprendre que les classes sociales existent, et que le niveau social de l’individu influence son rapport au religieux et son rapport à la société. Preuve en est ; aux Etats-Unis les musulmans qui appartiennent à une classe sociale qui se situe au dessus de la moyenne nationale, sont parfaitement intégrés socialement.

 

La responsabilité de la communauté musulmane d’une manière générale et des cadres musulmans n’est pas en reste dans cette affaire (qui en amènera d’autres malheureusement). Le débat public a horreur du vide. Si les musulmans ne s’expriment pas sur la question de l’islam d’autres le feront pour eux…avec des intentions peu avouables (ou en tout cas pas avouées). Il faut donc que les musulmans se fassent entendre sur les questions qui les concernent mais aussi sur tout ce qui ne les regarde pas (les questions de société d’une manière, l’Europe, l’environnement, l’éducation, etc). Plus nous serons visibles et investis (le meilleur discours se situe dans les actes) et plus nous démonterons par les actes que nous voulons vivre en bonne intelligence avec nos concitoyens et moins on pourra nous soupçonner de préparer « l’islamisation de l’Europe ». Il faut donc être visible est clair dans nos positions quand l’islam est en question. Le mariage forcé ? On est contre. La Burqua ? Elle n’est pas fondée théologiquement et elle pose des problèmes de sécurité évidents. L’excision ? C’est contraire aux prescriptions de l’islam. Les minarets ? Comme le dit Tareq Oubrou, ça n’est pas une innovation de l’islam des origines ni une obligation et les mosquées, partout où elles se trouvent dans le monde doivent tenir compte du cadre urbain. Sur toutes ces questions, plus nous serons entendus moins nous serons soupçonnés.

 

Nous avons dépassés le stade de l’intégration (celui-ci appartenant aux primo arrivants dans les années 70 et 80), nous sommes entrés dans l’ère de la post intégration, celle de la participation active à la vie sociale. C’est l’affaire de deux ou trois générations mais c’est l'affaire de tous et c'est surtout le sens de l'histoire de notre pays.

Mohamed Fellah.

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